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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 08:43
Sur le Fleuve Maroni une lettre de Démission…

Le 12/12/12 à l’attention de Monsieur Funderflick, délégué général de l’académie de Guyane :

Monsieur,

De se dire que depuis des lustres le rectorat de Guyane en toute conscience envoie sur le fleuve Maroni des personnels contractuels sans aucune formation/information, sans aucune concertation; des débutants, en espérant que « ça passe ou que ça casse » et surtout que tout le monde se taise, souffre en silence. Sachant que le « rebus » sera minimum, alors pourquoi changer ? Et puis gérer, n’est-ce point prendre en compte ces données contrariantes de dommages collatéraux, qui de toutes manières retourneront en métropole et se fondront dans la masse sans crier gare. Et comme ça ! Tel le fleuve Maroni, les scories seront évacues et les piranhas continueront à « prédater » en toute quiétude.

Ceci est mon histoire : deux mois sur le fleuve comme professeur d’anglais (13 heures par semaine) et d’espagnol (9 heures), débutée le 3 octobre, et terminée par ma lettre de démission le 3 décembre 2012. Et sans aucun regret et sans aucun remords. Quoique - Si !... Pour une poignée d’élèves, j’ai le sentiment de les avoir abandonné, car, ils progressaient vite et bien. Dommage. Acceptez mes plus plates excuses chers enfants.

AVANT :

En partant, j’étais rempli d’énergies et d’espoir. Plein de bonne volonté, j’avais l’impression d’être comme ces « lointains ancêtres » pionniers de l’inconscient nord Américain; Un homme de la « frontière », un homme du farwest qui vient défricher un morceau de jungle verte du « poumon de la terre », ce qui pour moi signifiait, tenter d'ouvrir l’esprit vers d'autres cultures de ces jeunes enfants de la foret Amazonienne. Etant toujours en contact avec mon ancien établissement de Marseille j’avais même échafaudé et proposé depuis Cayenne le projet avec une professeure un futur jumelage en langue espagnol des collèges Gran Man Difou de Maripa Soula et Les Caillols de Marseille…

1– Le recrutement sur place

Il se trouve que j’ai comparé en discutant avec 3 autres de mes collègues contractuels les modalités et les moyens de recrutement mis en place par le rectorat. Ce sont à peu de choses près des copiés/collés de ce que je vais dire.

Nos dossiers sont parvenus au mois du juillet ou début aout 2012 au rectorat à Cayenne, nous avons reçus un accusé de réception, puis… Plus rien jusqu’à la mi-septembre. Tous ! Avons envoyé des mails afin de savoir ce qu’il se passait, mais sans réponse. Enfin, un message nous fit savoir que « nous n’étions pas enregistrés », ou que le rectorat ne « possédait pas de dossier à nos noms », ou, que « l’inspecteur d'académie de notre matière n’avait toujours pas statué ». Nous avons envoyé à nouveau nos dossiers complets… Enfin, on nous a fait savoir que tous les postes étant pourvus le long de la cote, mais qu’il ne reste que des postes en foret à Maripasoula, Papaï-Chton ou autres villages sur le fleuve… Là où personne titulaire ne veut y aller ! Comme déjà nous avions attendu à Cayenne au moins 2 mois et dépensé beaucoup d’argent, chacun d’entre nous sans trop y réfléchir accepta cette offre…

Il faut savoir qu'à Cayenne, le "métro" est attendu; 700 euros par mois pour un studio de 18 mètres carrés! Comme la demande surpasse de loin l'offre, et bien, c'est ça, ou dormir dehors. Faire ses courses au marché local doit couter au bas mot cinquante % plus cher qu'en France sachant que tous légumes vendus, vient de maraichers Laotiens, vietnamiens établis au nord de la ville.

Personnellement, je suis allé au rectorat à Cayenne afin de collecter des informations sur cette affectation, mais personne n'a voulu me recevoir, j’ai téléphoné ; Une personne m'a dit qu’il n’y avait aucun problème à Maripasoula concernant le logement, les liaisons aériennes, et surtout les modes de communication et particulièrement l’Internet (pour mon travail), le téléphone (pour rester en contact avec "dehors").

2 – L’arrivée

La compagnie Air Guyane qui a le monopole, avec son petit avion de 14 places fait la liaison entre la métropole et Maripa Soula. C'est 3 heures à survoler à basse altitude le "brocoli", une jungle si épaisse qu'il est impossible d'entre apercevoir le sol; Seulement de temps à autres des percées de sol argileux, là où les "orpailleurs -orpaillèrent".;

Monsieur le Principal vint me chercher à l’aéroport, pendant le trajet il me parla surtout de l’Internat « d’excellence »… Qui en fait s‘avère décrépie, où les vélos et les ordinateurs ont disparus ou ont été volés, vendus ? Des élèves vivant comme ils peuvent livrés à eux seuls… Puis, il me laissa entre les mains de Madame M., responsable CPE des 6ème et de ses « explications - élucubrations » très spéciales bien à elle. (Apparemment le rite est bien rodé, car, c’est aussi l’accueil d’autres de mes collègues, au presque mot à mot)

Je fus chanceux de trouver le jour de mon arrivé à louer une petite maison, vide de tout - Sans rien ; Même pas une étagère, une assiette, mais avec un loyer de 460 euros par mois ; je me considérais chanceux comparé aux autres « Co-légionnaires » qui eux pendant 1 ou 2 voir 3 semaines se retrouvèrent à dormir par terre dans le « confort » crasseux et spartiate du bâtiment de l’internat « d’excellence ». J’ai attendu 3 semaines pour payer et avoir un réfrigérateur… Boire de l’eau chaude pour se rafraichir, manger des boites de Corned-beef, être privé de fruit et légume. Et se faire dévorer par des nuées de moustique. Les moustiquaires antipaludiques ne furent distribuées gratuitement que 15 jours après mon arrivée…

J’arrivais un mercredi 3 octobre, et dès le lendemain j’étais jeté dans l’arène d'une journée de 5 heures de cours…

Mon 1er cours fut suivi par une classe de 6ème FLS, personne ne pris la peine de me dire ce que signifiait cet acronyme « FLS » : (Français en langue seconde) ; Des élèves français, comprenant avec difficulté la langue française, ne l’écrivant pas et ne la lisant pas du tout… Et moi, nouvel arrivant donnant un cours d’anglais… Cette première leçon fut symptomatique de tout ce qui allait suivre…

En ce qui concerne la tenue des élèves: de manière générale, une attitude désinvolte devant l’indiscipline, l’impossibilité de suivre et comprendre une consigne simple, un manque total de respect, ponctué par des violences verbales et physiques entre eux et sous un brouhaha continuel; avec une température d'au moins 40 degrés dans les classes par manque de ventilateur, et une humidité frisant les 100%... La devise devrait être: A Maripasoula fais ce qu'il te plait !(si tu es élève)

3– Vie au collège

La course du canard à la tête coupée.

Comme nous n’avions pas de salle de classe définie, nous devions courir d’une heure à l’autre d’un bâtiment à un autre sous de grandes distances et sous un soleil de plomb ou sous des trombes d’eau selon la saison. Personnellement et jusqu’à ma démission début décembre - j’ai toujours rencontré des problèmes d’assignation de mes salles de classe. J’arrivais à l’heure, mais la salle était déjà occupée, je devais retourner dare-dare au bureau de la principale adjoint suivit de mes 25 ou 30 élèves pour demander une autre destination… Cela pendant deux mois, et des dizaines de fois car, avec mes classes de + de 28 élèves, le collège ne pouvait les loger, par manque de table et de chaise ; la principale adjoint d’ailleurs s'arrachait les cheveux… Souvent, j’avais des élèves assis par terre… Alors, organiser quelque discipline - quelle bonne blague ?

J’avais 9 classes au total en 2 langues (espagnol et anglais), de tous les niveaux du collège de la 6ème à la 3ème, avec en plus des Segpa agités et des FLS illettrés, quant à l’harmonisation du nombre d’élève…1 classe de 3ème de 7 élèves en espagnol et une autre de 32 élèves de 3ème en espagnol en même niveau… une classe de 21 élèves en 6ème générale et une classe très difficile de 20 élèves de 6ème en FLS ; Ingérable !!! A souligner suite au grand étonnement de Madame Razon, conseillère en espagnol qui vint passer venant de Cayenne par avion 1 heure ½ montre en main avec moi et sa découverte qu’aucun élève en espagnol (ni en anglais aussi) n’avait de livre… Et comme je n’avais jamais enseigné l’espagnol, que je n’avais à attendre l’aide de personne vu que j’étais le seul professeur de cette matière, et que le fin du fin, je n’avais aucun accès à Internet. L'unique solution proposée fut que je vienne à St Laurent du Maroni pour suivre un stage de formation d’une journée, alors que l’aéroport était fermé pour travaux… L’administration a cela de bien, que la main droite ne saura jamais ce que la main gauche fait. Ah oui! J'avais aussi le choix de descendre pendant 5 jours le Maroni sur une pirogue pour atteindre St Laurent...

La vie dans les classes…

Il serait bien pour les néo-arrivants, professeurs, qu’ils soient avertis de ce et ceux qu’ils vont rencontrer…Deux publics. Des enfants Aloukou et des enfants Amérindien. SI différents.

Une seule heure d’information aiderait à ne pas dès le départ se « griller » par des erreurs grossières telles que j’ai pu certainement en commettre. Et là, je ne fais que parler de mon inexpérience personnelle.

D'abord car les plus nombreux, les enfants Aloukou très exubérants, très bruyants, très « vivants » et très attachants… Mais si le professeur parle en haussant le ton de la voix ; Dès qu’ils se sentent accusés ou pointés du doigt, ces élèves baissent la tête et il devient impossible d’obtenir un seul mot. Devant soi un bloc silencieux qui ne parlera pas et ne réagira pas. Rien ! Venant d’un poste en métropole, d’une ZEP de Marseille, ce comportement me parut à prime abord irrespectueux et provocateur, car, ne pas répondre à une question aussi simple que « as-tu entendu ce que je te dis ? » et ne rien obtenir eu pour conséquence le début de situations conflictuelles qui aboutirent par des incompréhensions mutuelles ; qui... L’élève se sentant agresser par son professeur et le professeur dévalué par un élève irrespectueux… Quant aux élèves Amérindiens ; Eux furent source de surprises… Aucun soucis de disciple ; un silence complet-total ! Et un comportement de grande soumission en apparence: parler d’une voix inaudible, ne pas regarder son professeur dans les yeux, mettre sa main devant la bouche lorsque l’on parle… En classe de langue vivante cela n’aide pas beaucoup… Ayant eu la chance d’enseigner en Thaïlande, assez rapidement je retrouvais ce que j’avais vécu 10 ans avant. Y aller doucement, ne pas brusquer et me faire accepter. Je crois y être arrivé assez bien avec ces élèves. Et je pense avoir échoué avec l’autre groupe par des maladresses dues à mon ignorance du contexte culturel où j’ai été plongé sans aucune recommandation et mises en garde.

J’ai aussi appris un mot délicieux avec les CPE : L’absence perlée… Ca veut dire que les élèves décident de venir à certains cours et à certains autres non… PERLEE !!!

Ces « chers » Collègues

Ce collège est ce que j’ai vu de pire en ce qui concerne la non- interrelation entre personnes pratiquants le même métier. Chacun pour soi – chez soi ! Uderzo avait raison : La France c’est un petit village autour d’un clocher qui ne se mélange pas… Ben, à Maripasoula ya plein de clochers sans aucun coq cardinal qui donnerait la direction du vent… Vu qu’il n’y en a pas… De vent !

Bref : Vraiment une ambiance délétère, VRAIMENT ! Ne pas attendre grand-chose de ces « chers » collègues… Lorsque la sonnerie de 18 heures se fait entendre… En 1 seconde, tout le monde, et la direction incluse disparait, évaporée, évaporés ! Impossible de s’asseoir avec son boss et d’exposer ses soucis afin d’être conseillé. Jamais le temps… J’ai pu être « entendu » quand… Seulement déjà je n’en pouvais plus.

IL y a une minorité - Les «titulaires », comme des « Maréchaux » d'empire qui se partageraient les bons régiments de la garde - les bonnes classes, les bonnes salles de classe, les bons emploi du temps. Il y a aussi, les « vieux de la vieille » prof, établis là depuis des lustres et qui savent « nager » à contre - de tous les courants, qui se sont installés, et qui même ont quittés l'institution, mais qui ont sus se constituer un patrimoine: louer des baraques à prix d’or, investir dans des "épiceries", des bars tout en résident aux Antilles. Il encore les supers malins, qui sans avoir fait aucune étude, se retrouvent propulsés à des postes et des salaires jamais rêvés dans le « vrai monde ». Ces malins tout en étant "professeur" montent des business d’épicier, de location de maison, d’élevage de poulets, pêcheurs, chasseurs, discothèque… Orpailleurs peut être, qui sait ? Là au moins Maripasoula aura rempli son rôle social: à chacun sa chance, à chacun sa planque ! Puis, Il y a les « djeunes » qui viennent ici et c’est bien, vivre une expérience de vie et « d’aventure ». Ils vont sur le fleuve, chopent plein de maladies et au bout d’un an retourne vers la terre ferme et les lessives de maman dégoutés du métier de prof.

L'envers du décors, c'est qu'à Maripa Soula, chacun peut se laisser aller sans aucune contrainte. Ils sont très nombreux ceux qui ont un penchant pour la « destruction ». La dive bouteille, la fumette, même le Crack, la cocaïne et qui peuvent s’enivrer/s’éclater presque chaque jour/soir sans aucune influence sur leurs résultats professionnels ; et le top du top, conduire son véhicule bourré comme un coing sans aucune perte de point sur le permis. Il est choquant de croiser certains collègues titubant aux vues et sus de leurs élèves qui eux même à minuit seraient surement mieux au lit.

Chaque soir règne un vent mauvais en ce bled de bout du monde.

La vie hors du collège

Par éducation et culture, j’ai toujours très bien divisé ce qu’était ma vie professionnelle et ma vie privée. Sauf, qu’à Maripasoula (estimation 3.500 habitants) cela est impossible ! Sans arrêt croiser ses collègues du collège et parler des soucis de travail du collège ; croiser mes élèves s’amusant, m’insultant ; des habitants, qui eux aussi dépendent de l’économie du collège… LE COLLEGE !!!

Je n’étais pas préparé à ça. Vivre, manger, dormir avec mon travail. D’autant que la majorité de la population Aloukou dépend de notre présence à nous ; les « Métros ». Ce sentiment réel de se faire sans arrêt racketter, plumer par des gens se balançant dans un hamac et pratiquant des prix alimentaires hors norme – 1 boite d’haricots verts – 5 euros, un kg de cuisses de poulet congelés 10 euros ; Par des loyers « parisiens » à des 500 et 600 euros non déclarés ; Par le fait d’avoir un deux roues (800 euros) et de se le faire voler systématiquement. Et j’ai eu la chance durant mon séjour de n’être pas cambriolé… Je me souviens d’avoir demandé à un parent d’élève de me raccompagner car j'étais sur son chemin (1 km) et d’avoir eu à payer 5 euros… (C’est la norme, 5 euros !) Rien n’est gratuit, RIEN ! Alors que nous prenons soin de leurs enfants…

« A Maripasoula lorsque l’on trouve quelque chose, on ne le ramène pas » ; c’est ce qui m’a été dit lorsque ma carte Vital la 1ere semaine fut perdue, suite à des photocopies demandées pour mon dossier de contrat. Un élève certainement l’a trouvé, mais ne l’a pas rapporté ; pourtant il y a ma photo dessus. Comme j’ai un traitement de longue maladie, je ne vous dis pas combien d’énergie et de temps et d’argent cela m’a couté ; heureusement que le charmant couple de pharmacien s’est montré compréhensif. Ouvrir un compte à la banque postale fut digne d’un roman, conclus par le refus de la poste de m’ouvrir ce compte et avoir dépensé 2 heures avec une folledingue de « conseillère » qui sévit au bureau de Maripasoula, qui agresse les clients et qui devrait penser à un séjour en institution.

Il a fallu pendant les vacances d’octobre, le 6, que je vienne spécialement à Cayenne en payant de ma poche un billet aller/retour pour ouvrir un compte chèque à la BNP afin d'avoir un virement de mon salaire… Et attendre le vendredi 7 décembre et une dispute assez vive avec le service comptable du rectorat pour qu’enfin je puisse utiliser l’argent que j’avais gagné. Deux mois sans 1 sous, à devoir emprunter, à demander de me faire crédit ; dans un endroit où personne ne fait confiance à personne et où tout à chacun vous soupçonne de vouloir partir sans payer.

Mon départ fut humiliant par les garanties que j’ai laissées, comme abandonner mon passeport à ma « propriétaire », et payer mon loyer à Cayenne à une personne afin de récupérer mes papiers. Ce qui me révolte, c’est que nous les professeurs allons payer des impôts sur le revenu, alors, que la population locale à qui nous payons des loyers, des achats d’aliments ne paiera rien, car tout est « sous la table »… Et qui finance les structures ? Le château d’eau, les routes, le dispensaire, le collège ? NOUS ! Des maisons furent construites sous un contrat HLM et furent vendues aux habitants, qui, étaient supposés vivre sous ces toits… Aujourd’hui, elles sont louées à des 600 euros par mois aux « métros » qui n’ont pas le choix. L’or, l’OR a amoindri ce qui faisait les Aloukou ! Le RSA aussi. Et puis, ceux qui ont la bonne planque ; qui se déplacent le weekend avec les véhicules du service d’EDF, ceux qui dès 6 heures du matin jusqu’à 2 heures le lendemain font hurler des chaines stéréo à rendre sourd, ceux, qui, vous font comprendre que « t’es pas chez toi ici, alors boucle la ». Et enfin cette solitude de vie culturelle, sentimentale, sexuelle et surtout cet alcoolisme rampant qui touche presque tout à chacun. Voir à chaque sortie des personnes que j’apprécie, saoul de bière, de whisky ; ces couples qui titubent et se séparent. Maripasoula ou le syndrome de l’assommoir.

"Escapades" dehors

Il y a bien "en face" de Maripa Soula, de l'autre coté du fleuve Maroni, coté Surinam, des boutiques entrepôts Chinoises de vente de tout et n'importe quoi; Ca voisinent avec des bars et restaurants à femmes brésiliennes, mieux vaut y paraitre armé le soir venu, car comme coupe gorge... et puis on balance le cadavre à la flotte et on n'en parle plus, ca fera le 4 heures de bébêtes goulues.

Cette situation géographique serait comme avoir le Bangladesh et la Suisse cote à cote: Le Surinam est le tiers monde triomphant, à tel point que de pauvres gamines traversent comme elles peuvent le fleuve et viennent se faire accoucher au dispensaire, afin que leur enfant naisse en territoire français.

Au sud il y a les territoires amérindiens protégés, au nord Papaï-Chton et pis c'est tout. Il y a bien les trekkings dans la jungle, mais il est vraiment conseillé de prendre un guide, car, jamais vous ne reviendrez. Plus loin le brésil et sa jungle impénétrable jusqu'à Manaus, considérez qu'avec une population d'orpailleurs qui ne veulent pas de témoins, qui sont armé jusqu'aux dents... Festin assuré pour les piranhas!

Ben voila, on a fait le tour!

5 « L’Indirection » à Gran Man Difou

Ce collège est dirigé par un « Shiva » à plusieurs têtes : Le principal, qui serre les mains, qui serre des mains on dirait de Gaule, le matin en demandant et espérant entendre ce doux refrain : Tout va bien ! - Tout va bien ! Son adjointe qui parle sec, et qui a du mal à organiser la logistique. Elle, est dans le non-dialogue ; faut que ça file doux ! Quant aux CPE ? Ces « Cépéatistes » : qui ménagent la chèvre, le choux et la forêt où tout cela se vautre ; et les « surveillants, surveillantes » une grande famille qui, si proche des élèves ne peuvent qu’opiner et se mettre du coté des élèves.

Ce collège aurait dût s’appeler Gran Man Ubu Difou. C’est surtout numéro 1 et numéro 2 qui sont intéressant. C’est comme au commissariat lorsqu’en garde à vue, « cuisinez », vous avez le « gentil » et le « méchant »… Douche Ecossaise, chaud, froid… Et vis et versa… Et versa vis.

Le 2eme jour de ma modeste présence, au matin à 7heurs 45, des habitants, des élèves allez savoir ? Avaient déversés devant les grilles coulissantes de l’entrée du collège des poubelles, des détritus éparses, des bouteilles cassées pleines de tessons, et avaient peinturlurés d’excréments les poignées des portes et grilles de l’entrée… Monsieur le principal avait beau demander à son personnel d’entretien de nettoyer et de laver ; aucun ne bougeaient. C’est seulement le jeune homme rasta des photocopies, qui d’ailleurs est le seul à bien faire son travail qui accepta de laver les souillures… Les autres regardaient sans bouger… Et ils ne bougent pas trop ; Ces « autres », de manière générale… Ce matin là, je comprenais combien mon « patron », grand buveur de vin rouge dominait la situation en attendant ses "tout va bien-tout va bien"… J’étais là depuis 2 jours. Cette situation s’est répétée 4 fois en 2 mois ! Un succès !

Un autre succès… Une réunion typique de conseil de classe au Gran Man Difou. Classe de 6 – C, FLS. Une réunion eu lieu deux jours avant entre le principal, son adjoint, le professeur principal (qui est un professeur titulaire), et un psychologue ; en fait 4 fonctionnaires. Ils statuaient concernant les 6 ou 7 élèves ingérables de cette classe de 20 élèves. Lors du conseil de classe du vendredi après midi à 17 heures (pendant mon congé), tout avait été décidé. Il ne restait plus qu’aux professeurs (moi entre autres), d’avaliser les décisions de ces oracles éclairés et d’opiner et d’opiner fermement à la cheftaine et dire amen. Trois fois je suis intervenu, trois fois Madame l'adjoint m’a remis à ma place sèche, pet sec ! Tout ça pour dire que : comme « prof » contractuel : fais ton boulot, mais en ce qui concerne les décisions éducatives, ce n’est pas de ton ressort pauvre larve…

Avoir un « patron » qui ne veut entendre que : « tout va bien » ; son adjointe qui veut s’imposer que par un langage sec, et surtout contre-productif ; et cette petite garde prétorienne de profs fayots qui pour diverses raisons sont ses garants, ses « observateurs » un peu mouchards, ses « tampons » contre cette piétaille de contractuels indisciplinées, grande gueule, qui ne veulent accepter ce refrain « à Maripasoula, tout va bien - Des enfants si agréables ! » et puis…C’est ce que le rectorat veut entendre ? Et le ministère aussi ? Ah ! Ce monde éducatif si beau… Un vrai trompe l’œil théâtral… Avec 20% de réussite au brevet des écoles et d’arriver en 3ème sans savoir ni lire et ni écrire…

Tient ! Je me souviens qu’un élève en me croisant hors du collège et accompagné de son frère ainé et de son père m’insultât de « sale enculé de zeter ». Je rédigeais un rapport en demandant 3 jours d’exclusion. La seule conséquence fut que l’adjointe, m’envoya ce mot rédigé ainsi : « les problèmes extérieurs au collège ne relèvent pas de notre autorité »… C’est inquiétant ce genre de cadre, qui dans sa petite bulle entend si peu, si peu...

– Une CPE des 6èmes absolument « Incroyable »

Là, je touche un sommet du summum du « folklore » Maripasoulien : le cas de Madame M. CPE de feu, et un tantinet "coucou". Avec qui j’ai dû composer durant deux mois : signalée depuis des années comme étant mentalement "spéciale". Mais toujours fidèle au poste ; invirable, car personnel en titre de l’éducation nationale… Je fus le témoin d’une scène (entre autre) dans le bureau de cette femme avec comme victime un de mes élèves de 6ème C : Lama qui se fit insulter « d’enfoiré » ; Madame M. était assise derrière sont bureau, elle avait mis très fort de la musique rock sur son ordinateur, les stores de son bureau étaient tirés, tout était sombre presque « gothique », manquait plus que Maryline Manson; Sous sa frange de cheveux teint en noir corbeau elle éructait ! Le pauvre Lama, pleurait, et elle criait « t’es une merde ! T‘es une merde d’enfoiré ! Qu’ajouter suite à de telles méthodes éducatives? Peut être chanter youkaidi youkaida!

6 – Conclusion

Le rectorat devrait arrêter de « gérer » ses contractuels comme une « masse » de viande sans âme. Mais ! Sur un certain nombre de nouveaux contractuels le rectorat fait le pari que peut-être 10% vont râler, et qu’un petit nombre va partir, ou donner sa démission… Et un très petit nombre qui comme moi va aller dans ses murs les défier… Alerter les plus hautes autorités ! Ecrire dans les médias, parler aux journalistes.

Je voudrais dire au Rectorat et à ses séides de ne pas envoyer comme ça au « feu » des personnels absolument non préparés à ce qui va arriver : Une chaleur d’enfer ; Des élèves très difficiles à gérer - dû à leur histoire culturelle et familiale. Sur cette commune où il y a plein d’abus sexuels sur des jeunes filles à peine pubères, souvent enceintes très jeunes. Un contexte presque impossible de par les difficultés à se nourrir correctement, à se loger, à communiquer, à pouvoir partir lorsqu’on le veut, à vivre, se déplacer, à accepter une société sans pitié, une société de survie ; une vie sans but ; Un fleuve trop bas… Trop haut. Accompagné de moustiques plein de Dengue, de Palu, de grattages, de trucs donnant des allergies qui vous démangent, de diarrhées et d’intestins en berne… De toux, et de raies qui piquent, et la moustiquaire au dessus de l’âme.

Le rectorat sait cela depuis très longtemps… Sous d’autres cieux cette administration croulerait sous les procès pour mise en danger volontaire de ses personnels enseignants. Un exemple : j’ai subit il y a 3 ans une opération du cœur. Je dois prendre un traitement à vie comprenant une prise importante d’aspirine. Cette région est pleine de cas de Dengue (4 types) et de paludisme (5 types), ces maladies sont hémorragiques et il est donc fortement déconseillé d’absorber de l’aspirine… Sous peine de sa vider de son sang après une piqure de moustique. Est-ce que le rectorat a pris la peine de me faire passer une visite médicale ? Non ! De m’informer, non ! Le rectorat joue sur le fait que la majorité de ses contractuels ne fera que passer, alors, ce qui pourra arriver par la suite…

Cette année, au collège 3 professeurs sont déjà parties volontairement. Mais le gros du troupeau restera: par peur de ne savoir que faire, par entêtement, par fierté, ou d’autres raisons coquasses. Ce qui est certain, c’est que beaucoup de ces contractuels apprendront à s’alcooliser, à se droguer et qu’ils seront dégoutés du métier d’enseignant jusqu’à la fin de leurs jours.

Mais : Tout n’est pas si mal…

Je cite un ami qui vit là bas depuis 10 ans et qui donna sa démission comme professeur pour débuter une autre carrière ; « bien plus enrichissante humainement » selon lui, qu’être employé du rectorat « Je suis venu ici il y a longtemps, car j’ai le sentiment d’avoir pu réaliser tout ce que je voulais, tout ce qui est possible. Construire un monde avec en son sein mes aspirations pour la liberté de circuler en des terres vierges de loi, le fleuve, la forêt ; savoir chasser et pêcher pour me nourrir, ne pas être emmerder par des règlements impossibles, construire ma maison, très belle et me réaliser. Etre un homme entier, m’occuper de ma famille !

Je n’ai pas l’impression d’avoir été l’homme le plus intelligent sur ce coup là ; J’ai accepté un contrat qui ne me convenait pas ; j’ai subit à cause de mon âge, et de mon manque de souplesse mes limites de rejet « Maripasoula ». Le syndrome de ceux qui ne peuvent s‘adapter. Pourtant à ma décharge j’ai vraiment essayé, très dur ; j’aurais vraiment aimé-aimer… Apprendre l’artisanat des Aloukou sur le bois, leur langue, j’aurais aimé aimer le fleuve jaune passant, les sauts… J’aurais aimé pouvoir… Comprendre un peu les amérindiens. Adieu Maripasoula, j’ai appris une chose : J’ai pris un coup de vieux salutaire. A chaque moment de la vie il faut réaliser les choses de « son » instantané ; Nous ne sommes là que pour un instant très bref, vif ! Alors ! Vivons à fond sans bousculer le doigt qui montre la Lune se reflétant sur les eaux boueuses…

George L. Zeter/décembre 2012

Georges zeter/avril 2016

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