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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 13:06

Zeter Georges -


 

Créer et animer une AMAP

Par Elsa Perez

 

Avant d’arriver dans nos assiettes, certains légumes ont souvent connus bien des péripéties. Planté loin, très loin d’ici en métropole ou dans des contrées où le salaire annuel d’un ouvrier ne dépasse pas 2000E, ils ont été traités et retraités par moult engrais et pesticides avant d’êtres cueillis et rangés dans une cagette auprès de leurs congénères. Direction l’aéroport le plus proche puis, quelques milliers de kilomètres plus loin, l’étalage d’une grande surface d’où il pourra enfin atterrir dans notre panier.

Ce parcours du combattant a laissé quelques consommateurs perplexes. Pourquoi obliger le légume à faire un si long voyage quand d’autres sont récoltés à deux pas de chez nous ? Et pourquoi lui infliger une escale (payante) dans la grande surface quand il pourrait être directement acheminé du champ jusqu’à notre assiette ? De toutes ces interrogations sont nées les Amap (Associations de maintien de l’agriculture paysanne).

Ces structures créent un système de vente directe entre agriculteurs locaux et consommateurs. Chaque semaine le premier livre un panier de légumes fraîchement cueillis dans un local du quartier. Les membres de l’AMAP s’y retrouvent pour prendre leurs victuailles et discuter courgette et tomates. Outre l’aspect gourmand, ce système poursuit plusieurs objectifs : favoriser l’agriculture de proximité pour retisser les liens entre agriculteurs et consommateurs, supprimer les intermédiaires financiers et, à plus large échelle, soutenir une agriculture éthique et responsable, respectueuse de l’environnement.

Plus d’une quarantaine d’AMAP existent aujourd’hui à travers la France grâce aux initiatives d’associatifs motivés. Si vous aussi souhaitez rassembler les consommateurs responsables de votre quartier, voici comment faire.

1. Trouver des consommateurs

Association de proximité, l’AMAP s’organise par quartier. Cela limite votre champ de recherche. Commencez par lister tous les lieux où gravitent des publics susceptibles d’être intéressés : collez des affiches dans les maisons d’associations et lieux culturels alternatifs, distribuez de prospectus sur les marchés... Vous pouvez également vous inscrire auprès de la fédération des AMAP de votre région. Tous les voisins intéressés par ce type d’initiatives seront ainsi renvoyés vers vous. Le site http://alliancepec.free.fr/ recense ainsi les coordonnées des fédérations régionales et les AMAP créées ou en cours de construction.

Il n’existe pas de nombre fixe de consommateurs. On estime cependant que, pour que l’opération soit intéressante financièrement pour l’agriculteur, il faut au moins 25 participants. A plus de 50 il deviendra, inversement, difficile de livrer les paniers.

2. Créer les structures de l’association

Vous avez des membres, vous avez un objectif, mais toujours pas de structure. Généralement, c’est là que débute le marathon des réunions préparatoires. Pour que votre AMAP prenne vie, vous devrez en effet régler un certain nombre de détails.

- Les statuts. Pour tous connaître des statuts associatifs allez voir la Fiche pratique n°11

- Le panier. Les AMAP ont pour but de favoriser l’agriculture de proximité. Pour le reste, à vous de choisir le type d’agriculture (bio ou pas), le cahier des charges sociales (insertion, salaires des employés...), le type de denrées cultivées (fruits, légumes, voire viande). S’il est important de définir certaines exigences, vos choix ne seront, au final, pas si nombreux. Dans certaines régions, comme l’Ile-de-France, il est en effet très difficile de trouver des agriculteurs.

- Le fonctionnement. L’AMAP est un vecteur de tissu social. A ce titre il exige une implication de tous ses membres. Pour que la structure tienne, il vous faudra au moins trouver une bonne âme pour assurer la permanence téléphonique, un trésorier et une personne chargée d’organiser les réunions. Les autres membres doivent au moins s’engager à venir chercher en personne leur panier chaque semaine au local de livraison et à assurer une distribution (décharger les légumes du camion et distribuer les légumes à chaque membre), voire deux, dans l’année.

- Le lieu. Il vous faut trouver un local qui puisse accueillir, chaque semaine, une trentaine de personnes et autant de cagettes et sacs de denrées. Le lieu doit également être facilement accessible afin que les livraisons puissent se dérouler sans encombre.

3. Créer un partenariat avec un agriculteur

- Trouver l’agriculteur. Il devient très difficile, pour un agriculteur, d’exploiter un domaine à échelle humaine et de rester viable économiquement. C’est précisément l’une des raisons d’exister des AMAP, mais, en attendant que le système paie, les paysans à même de traiter avec les AMAP sont très peu nombreux. Pour les trouver, vous pouvez consulter les AMAP voisines. Si leur agriculteur a suffisamment de récoltes, il acceptera sans doute de conclure un accord avec vous. Si ce n’est pas le cas, contacter votre alliance régionale afin de voir si des agriculteurs ne se sont pas proposés spontanément. Vous pouvez, enfin, déposer une annonce sur le site du groupement des agriculteurs bio http://www.agribio.com/Carnet/Frame..., ou de la confédération paysanne de votre région http://www.confederationpaysanne.fr...

- Régler les détails financiers. Il vous faudra d’abord négocier une taille et un prix de panier. Le prix tourne généralement autour de 10 euros pour 2 personnes et pour une semaine (par exemple : un kilo de navet, un kilo de pomme de terre, un kilo de radis noir, 1 pâtisson, 2 laitues, 1 kilo de carottes, une botte de coriandre). L’accord financier se fait ensuite sur la base d’un véritable partenariat. Pour permettre à l’agriculteur d’avoir des fonds, les consommateurs lui avancent de 4 à 6 mois de paniers. Si, pendant ce temps, les récoltes du paysan sont mauvaises, l’AMAP acceptera de se voir livrer moins que prévu. Si les récoltes sont bonnes, le paysan partagera cette heureuse fortune avec vous en vous donnant plus de victuailles.

4. Faire vivre l’AMAP

Une fois la machine en marche, il est bien de trouver des moyens de maintenir les liens, à la fois entre les consommateurs, mais aussi entre consommateurs et agriculteurs.

- Entre les consommateurs. Les réunions hebdomadaires pour chercher les paniers sont, certes, un bon moyen de nouer des contacts. Mais il en faudra parfois plus pour parvenir à ce que les 4 jeunes co-locatrices fraîchement diplômées réussissent à nouer le dialogue avec la retraitée nostalgique de sa campagne. Pour animer ces réunions, vous pouvez en faire des apéros de découverte autour de denrées rares : vins bios, quinoa... Créer aussi un site Internet ou un forum permettant d’échanger recettes et informations sur le quartier.

- Entre consommateurs et agriculteur. Comme les consommateurs, l’agriculteur est présent chaque semaine pour livrer les paniers. Conviez-le à s’attarder et n’hésitez pas à l’interroger sur les légumes que vous allez déguster pendant la semaine. Outre ce rendez-vous hebdomadaire, il est bien de prévoir au moins deux visites annuelles à la ferme. A cette occasion, il pourra vous faire découvrir son domaine, ses cultures et son quotidien. Ces rendez-vous sont l’occasion d’atteindre l’une des finalités de l’AMAP : réunir, au moins pour un moment, le rat des champs et le rat des villes.

 

 G/Z/AVRIL/2009


Lien vers cet article: http://www.animafac.net/article.php3?id_article=1303 link
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Published by BONBONLAREUNION - dans ECOLOGIE
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