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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:22

Par: Zeter Georges  -
JOHN CASSAVETES ou la MAÏEUTIQUE FILMIQUE


cassavetessmall.jpgCourte Biographie :

John Cassavetes (9 décembre 1929 à New York + 3 février 1989 à Los Angeles) est un acteur, scénariste et réalisateur américain.

Il commence sa carrière comme comédien. Il endosse plusieurs rôles d'abord au théâtre puis à la télévision, dans des séries télévisées dont la plus connue est Johnny Staccato. Sa notoriété prend forme quand il passe au cinéma, notamment dans Face au crime (Crime in the streets) de Don Siegel. Mais c'est surtout derrière la caméra, en tant que cinéaste, que John Cassavetes va se distinguer. Il sort en 1961, (Shadows), réalisé avec une troupe amateur et avec ses propres moyens. Le film engage le réalisateur et le cinéma américain dans la voie de l'indépendance. En rupture avec l'industrie hollywoodienne avec laquelle il a une courte et décevante expérience, son cinéma évolue dans un style qui lui est propre. Faces, Une femme sous influence, (Opening Night) persistent dans une dynamique indépendante. Il libère le jeu d'acteur qu'il place au centre de son dispositif cinématographique et focalise son œuvre sur la classe moyenne américaine.

Ses films révèlent le talent de son épouse Gena Rowlands et de plusieurs de ses amis tels Peter Falk ou Ben Gazzara. Cinéaste reconnu pour son style personnel privilégiant le jeu de l'acteur, et pour sa désinvolture à l'égard de la technique cinématographique, il marque les générations suivantes de réalisateurs américains.

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Si John ne s’était pas appelé Cassavetes, il se serait appelé John Socrateves ou  John Cassacretes, d’ailleurs, ce pâtre 35 millimétré d’ascendance Grec[1]... De plus marié à Gena Rowland, sa CLIO, son Histoire - […] History is an inescapable part of our collective consciousness; nevertheless, every man unconsciously recollects personally some haphazard fragments of history. The Greek’s civilisation had had to express it;  this truth by describing CLIO, the muse of history, as the daughter of memory, who could had never betrayed the visionary, the beauty and  ruthless  unless to fade out – disappearing […].[2]  La mémoire, la vérité. Ainsi John Cassavetes traversa sa vie, la vie ; en nous apprenant que nous en savions beaucoup plus de nous-mêmes, que nous z’avions l’air…

 

Le mot maïeutique[3] vient de Socrate, il désigne une méthode d'enseignement, de transmission qui contrairement à la didactique[4] ne prétend pas donner le savoir de l'extérieur, mais aide à le trouver en soi-même. Ce mot vient du grec maieutikê, signifiant : art de l'accouchement. Utilisé dans le sens d'accoucher les esprits, c'est-à-dire de faire découvrir à l'interlocuteur (spectateur) des vérités qu'il porte en lui.

Dans les films de John Cassavetes le spectateur moulé dans son siège rouge, des papiers épars étalés au sol, des pop-corn défraîchis et quelques chewing-gums malvenus collés aux sièges a cependant les yeux fixés sur l’écran, et tel une mouche - ses yeux sont composés de plusieurs milliers de facettes correspondant à des « unités » de vision, les « ommatidies, donc tel qu’André Bazin définissait ainsi : «  […] l’image est encore trop engagée dans la réalité pour n’être pas chargée d’une certaine polyvalence métaphysique. »[5] Car regarder c’est commencé à re - comprendre.  Dans des films tels que  A Woman Under the Influence (1974) ou Opening Night (1977) John Cassavetes reproduit l’un des fondements maïeutiques Socratique : que la condition de la prise de conscience ;  c'est la parole, la parole ordonnée et féconde de l'homme (la femme en l’occurrence) qui se cherche et recherche en lui (en elle) - même.[6]  En rejoignant la théorie métaphysique du cinéma d’André Bazin: « […] le plus souvent du reste nous ne choisissons pas entre les images possibles ; elles ne  parviennent même pas jusqu’à notre conscient, mais leur virtualité est obscurément ressentie ;  et c’est elle qui donne à l’image sa densité aesthétique » [7]


Et Dieu (s) sait si les Grecs étaient tournés vers l’aestétique/esthétique 

(du grec aisthèsis -sensation).
Bien plus tard, Kant, ne disait-il point « qu'une œuvre d'art doit fournir un objet sensible, qu'il soit lui-même beau ou laid importe peu au final,  la beauté artistique est la belle représentation d'une chose et non la représentation d'une belle chose ».[8]

En ce qui me concerne, John Cassavetes était un accoucheur de cœur ouvert : « J'exerce ! »  Disait Socrate « le même métier que ma femme; accoucher… Les esprits sont ma tâche, et non pas d'enfanter, qui est l'affaire du dieu - femelle (Platon-Théetète). L'accoucheur spirituel n'apporte, ne transmet rien à l'âme qu'il éveille. Il la laisse nue en face d'elle même. »[9]

 

Alors ? Discours et raison, maïeutique ou didactique, ces raisons ne s'opposent pas à l'intuition, mais aux certitudes de première main, aux certitudes irréfléchies qu'on a sans le savoir et sans savoir d'où on les tient, et oui, nous retenons des fils délabrés, épars et réels inscrits dans un continuum, qui prêt à basculer dans le virtuel nous susurrent que la dénomination maïeutique transcendantale a pour avantage de désigner conjointement l'objectif visé à savoir : la transcendance spirituelle, et la méthode utilisée, l'art de découvrir en soi-même « le mono-dialogue introspectif » ;  c'est-à-dire, s’accoucher soi même d’un esprit accoucheur, d’un cinéaste, d’un philosophe ou d’un ouvrier qui à chaque pièce y pose un symbole de sa vie qui fout le camp…

 

Peut-être que l’âme de John, Socrateves/Cassacretes nous étreint-t-elle ? Et en citant Cervantès en guise de conclusion : « Chacun de nous est comme Dieu l'a fait, et bien souvent pire ».


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Filmographie
Complément de biographie: http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Cassavetes

 

  1959 : Meurtre en do majeur (Murder for Credit), Le Prédicateur (Evil) et Un coin de paradis (A Piece of Paradise) - épisodes de la série télévisée Johnny Staccato

  1960 : Le Faussaire a les nerfs (Night of Jeopardy) et Solomon - épisodes de la série télévisée Johnny Staccato

  1961 : Shadows

  1961 : Too Late Blues ou La Ballade des sans-espoirs

  1962 : A Pair of Boots et My Daddy Can Lick Your Daddy - épisodes de la série télévisée The Lloyd Bridges Show

  1963 : Un enfant attend (A Child Is Waiting)

  1966 : In Pursuit of Excellence - épisode de la série télévisée Bob Hope Presents The Chrysler Theatre

  1968 : Faces

  1970 : Husbands

  1971 : Minnie et Moskowitz ou Ainsi va l'amour (Minnie and Moskowitz)

  1975 : Une femme sous influence (A Woman Under the Influence)

  1976 : Meurtre d’un bookmaker chinois (The Killing of a Chinese Bookie)

  1978 : Opening Night

  1980 : Gloria

  1984 : Love Streams ou Torrents d'amour

  1985 : Big Trouble

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[1] http://www.evene.fr/celebre/biographie/john-cassavetes-18797.php

 

[2] G/Z, mémoire de Master : Université Stendal, Grenoble, 2005

 

[3] http://antomoro.free.fr/artlal/txtlal/socrate/socrate_am_v2.2.html

 

[4] Bachelard, Gaston: Le nouvel esprit scientifique. 1968.

 

[5] Bazin, André in : Henri Agel. Métaphysique du cinéma. Paris : Petite Bibliothèque Payot. 1976

 

[6] Michelin, Sauvage. Socrate et la conscience de l'homme – Paris : Editions Albin Michel, 1962. Pages 109 à 111.

 

[7] Bazin, André  in : Henri, Agel. Métaphysique du cinéma. Paris : Petite Bibliothèque Payot. 1976

 

[8] Dumouchel, Daniel. Kant et la genèse de la subjectivité esthétique. Paris: Librairie Philosophique J. Vrin, 1999. 305 pp.

[9]Michelin, Sauvage - Socrate et la conscience de l'homme – Paris : Editions Albin Michel, 1962. Pages 208

 



G/Z/Mars 2009
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Published by BONBONLAREUNION - dans CINEMA - analyse
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